Le tout nouvel album de Soundwalk Collective en collaboration avec Patti Smith est une bande-son qui nous invite à explorer une terre sacrée, à parcourir le son d’une marche dans le canyon mexicain se transformant petit à petit en battement de cœur, en chants lointains, en bâtons, pierres et sifflements de vent. L’album puise sa source dans le texte de Antonin Artaud, La Danse Du Peyotl, tiré lui-même de ses expériences révélatrices avec les Rarámuri (peuple indigène) en 1936.

Il s’agit du premier d’une série d’albums intitulée The Perfect Vision qui sortira via Bella Union dans l’année et qui s’inspire des poèmes emblématiques de Antonin Artaud, Arthur Rimbaud et René Daumal traitant de la nécessité de voyager afin d’acquérir une nouvelle vision de soi même et de son art. Une parfaite vision semblant être celle qui permet de transcender les formes et les frontières, autant physiquement que spirituellement. Enregistré au Mexique, en Ethiopie et en Inde, l’idée maitresse est que chaque paysage retient des souvenirs endormis qui sont des témoignages des passages humains. Chaque album retrace les pas du poète canalisés à travers des paysages sonores et musicaux, retravaillés par Patti Smith. Ce triptyque marque un nouveau chapitre dans la collaboration entre Soundwalk Collective et Patti Smith qui avait déjà travaillé sur Killer Road en 2016.

The Peyote Dance se concentre sur une courte partie de la vie de Artaud durant laquelle il a voyagé jusqu’à l’Université de Mexico au début des années 1936 afin de transmettre son travail autour du surréalisme, du marxisme et du théâtre. L’été suivant, le poète a traversé la région du Chihuahua en train et à cheval jusqu’au montagnes Tarahumara avec l’aide d’un guide mestizo – qu’évoque l’introduction de l’album récitée par Gael Garcia Bernal.

Artaud a été attiré par l’histoire des Raramuri, Amérindiens vivant dans la région de Norogachi dans le Coppen Canyon au Mexique dans la Sierra Tarahumara. L’un des objectifs du poète a été de trouver un shaman peyote capable de le guérir et de le sevrer de l’opium. Durant son séjour, en rencontrant les indiens Raramuri et les shamans peyote de Tarahumara, en participant à des cérémonies, Artaud a vécu une expérience transcendante qui a donné lieu au texte La Danse Du Peyotl. Pour l’album éponyme, Soundwalk Collective et Patti Smith revisitent l’ouvrage et d’autres grands textes d’Artaud écrits à son retour en France lorsqu’il séjournait dans un asile psychiatrique à Rodez, soumis à une thérapie de chocs électriques. Durant cette période sombre, la rencontre avec les Raramuri est restée pour lui sa dernière expérience significative et heureuse. L’avant dernière piste de l’album est un poème écrit par Patti Smith en hommage aux dernières d’Artaud à Ivry.

Ecouter, lire et improviser sur les morceaux a permis à Smith de canaliser l’esprit de Artaud « Les poètes sont entrés dans les veines, dans les cellules. Pour le moment, nous sommes Artaud », raconte Smith à propos du fait de devenir un medium pour que la voix du poète s’exprime à travers elle, tout en faisant écho à l’énergie de la première scène punk. « Vous ne pouvez pas l’exiger, ni l’acheter, ni prendre des drogues pour que cela soit authentique. Cela arrive juste, vous devez être choisi autant que choisir ». L’énergie de son dernier poème est captivante, témoigne Smith. « Nous comprenons que cet artiste et son travail ne sont pas morts, ils retrouvent vie dans l’enregistrement ». La véritable le force des textes de Artaud réside dans sa nature inconfortable : 80 ans après que cela ait été écrit, cela reste une chronique brute, dérangeante et explosive à propos de ce que c’est que d’être vivant.